Aw Layers .com - Maitre Gregory Weitz

Le meurtre qui a fait frémir le pays tout entier


Dans la nuit du 9 janvier 1994, deux jeunes adolescents d'Herzlia assassinent de sang froid le chauffeur de taxi Derek Ruth. Condamnés à 16 ans de prison ferme, Arbel Aloni et Moshe Ben Ibgi ne dévoilent pas le motif du meurtre ni ses circonstances exactes. Quinze ans, un vol à mains armées, un mariage et une évasion plus tard, le tandem fait encore aujourd'hui la une des journaux. Israël Magazine revient sur l'une des plus importantes affaires criminelles de la jeune histoire de l'état hébreu.
C'était un soir d'hiver en Israël. Il est bientôt 20.30 et deux jeunes de 14 ans happent un taxi dans la zone hôtelière d'Herzlia Pituach. L'un d'eux prend la place du passager tandis que l'autre s'assied au dos du chauffeur. Une toux se fait entendre, c'est le signal. Six balles sont tirées, 5 atteignent leur cible. Le taximan, Ruth, décède sur le coup et les deux complices s'enfuient. Arrêtés et interrogés par la police quelques jours plus tard, ils avouent de suite mais laissent planer jusqu'à aujourd'hui de larges zones d'ombres. Ils ont un pacte et ne dévoilent rien. Qui a appuyé sur la gâchette ? Pourquoi Ruth ? Quel était le motif du crime ? Comment se sont-ils procuré l'arme ? Des questions qui restent encore aujourd'hui sans réponses…
Première condamnation
Envoyés en prison, les deux assassins offrent des signes réhabilitation. Ils passent leurs examens du baccalauréat et participent à la mise en scène d'une pièce de théâtre jouée dans l'enceinte du pénitencier. " Arbel était profond et intelligent alors que Moshe était prompt et plus rusé. Le lien qui les unissait était très intéressant", expliquait Dr. Yossi Yssour, qui s'était porté volontaire pour servir de professeur aux deux avant leurs examens. "J'ai fait connaissance du coté humain de ses deux jeunes, qui d'une certaine manière m'a causé un certain malaise. D'une part, les monstres qui ont commis le meurtre et de l'autre des jeunes gens que rien ne me différenciait d'eux au niveau de leur capacité à émouvoir sur la scène", raconte Benatoic, responsable du projet théâtral.
Deuxième condamnation
En 1998, les espoirs d'un nouveau départ s'évaporent lorsque, durant un congé autorisé par la prison, Aloni et Ben Ibgi réalisent un braquage armé dans une épicerie et blessent le commerçant. De retour sur le banc des accusés, ils écopent d'une peine de supplémentaire de 5 ans de prison. Suite à la condamnation et à des informations selon lesquelles Ben Ibgi gérerait un réseau criminel au sein même de la prison, le service pénitencier décide de lui refuser son droit à des vacances. Ben Ibgi se tourne alors vers la Haute Cour de Justice qui ordonne au service pénitencier d'annuler la décision.
Mariage pour l'un, évasion pour l'autre
Pendant qu'Aloni tombait amoureux et demandait la main d'une étudiante rencontrée en prison lorsque celle-ci rédigeait un travail universitaire, Ben Ibgi décide qu'il est temps pour lui de s'en aller sous d'autres cieux. En mai 2004, sorti de prison pour 72 heures, Ben Ibgi quitte le pays par la grande porte en utilisant un faux passeport. Destination : l'Argentine via l'Espagne puis l'Uruguay.
"Ben Ibgi devait se présenter aux portes de la prison jusqu'à 10h00. Dix minutes avant l'heure, un individu s'identifie devant nous comme étant son père et nous annonce qu'il a perdu tout contact avec son fils depuis la veille", se souvient le chef de la prison dans laquelle était incarcéré le fugitif.
L'Argentine, terre d'accueil
Les frontières israéliennes franchies pour la première fois de sa vie, Ben Ibgi se retrouve à Buenos Aires. Rapidement, il se lie avec des criminels israéliens sur place et réside dans une villa située dans la périphérie de la ville. En octobre 2004, suite à des informations reçues, la police locale encercle la villa et arrête tout ses occupants. Retour à la case départ pour Ben Ibgi. Pourtant, les autorités argentines semblent se montrer plus clémentes avec le jeune assassin. N'ayant pas signé d'accord d'extradition avec e pays sud-américain, Israël a du faire une demande d'extradition au tribunal local. Une longue procédure. L'Argentine est prête à renvoyer Ben Ibgi en Israël et ce sous trois conditions : que le fugitif ne doive pas purger le restant de sa peine pour le meurtre qu'il a commis, qu'il ne soit pas jugé pour son évasion et que la période d'incarcération en Argentine lui soit déduite de la peine reçue pour le vol à mains armées. Israël refuse et le 6 février 2007, il sort libre des prisons argentines.
Les autorités judiciaires israéliennes ne baissent pas les bras et à l'aide des meilleurs avocats de la capitale latine, réitèrent leur demande d'extradition. Ben Ibgi est arrêté à nouveau le 26 mars 2007. Le tribunal décide de le libérer sous caution jusqu'à ce qu'une décision soit prise le concernant. Il ne peut sortir de Buenos Aires et doit se présenter à la police tous les 20 jours. Malgré les avertissements de sa collègue israélienne, la justice argentine n'a pas durcit ces conditions et le 10 juin 2009, Ben Ibgi refait la une des journaux en Israël : il s'est enfuit à nouveau !
En mai 2010, nouveau rebondissement lorsque lors d'un banal contrôle routier, un policier de la ville de Mendoza en Argentine a appréhendé Ben Igbi après que ce dernier ait refusé de lui relever son identité. Suite à une vérification de ses empreintes digitales, il a été renvoyé en prison où il attend la décision du tribunal quant à son extradition.
Lors d'une interview exclusive donnée de sa prison en Argentine faisait part de son désir de rencontrer la femme de Ruth: "J'imagine une scène durant laquelle elle me gifle. Elle pleure et je pleure aussi. J'imagine la haine dans ses yeux. J'ai envie qu'elle sache que je suis un homme. J'ai besoin de cela pour guérir."
En attendant, les avocats locaux engagés par l'état d'Israël poursuivent leur travail.

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